Notoriété, poème

Notoriété

 

Ils chantent, dansent, pleurent, ils parlent et souvent rient,

Ce sont des amuseurs dans ce monde trop gris.

Qu'importe le talent dont ils sont dépourvus

Puisque la gloire sourit à certains m'as-tu-vu.

 

Effaçant sans vergogne les traces des ainés,

Ils creusent des sillons qui seront piétinés

Par d'autres saltimbanques issus de l'univers

Où ils croyaient régner sans crainte de revers.

 

Trop tôt sacralisés par des faiseurs d'étoiles

Qui les font naviguer sur des bateaux sans voile,

Ils ignorent souvent dans leurs propos hilares,

Que l'illusion s'affiche sous leur statut de star.

 

Portés vers des sommets inconnus des humains

Ils marchent près d'un ciel à portée de leurs mains.

Ils sont les défenseurs d'un monde artificiel

Valorisant sans honte leur vie superficielle.

 

Conscients d'être admirés par des troupeaux hagards,

Qui scandent leur prénom jusque dans leur regard,

Ils s'imaginent puissants, possesseurs d'un pouvoir

Qui à leurs yeux compense l'absence de savoir.

 

Audacieux comme ceux qui ne craignent plus rien,

Ils daignent quelques fois s'adresser aux terriens.

Devenant orateurs ils psalmodient sans gêne

Les échos d'un milieu aux accents pathogènes.

 

La lumière fascine tous les désespérés

Qui adorent celui qu'ils viennent vénérer

Pour un moment de transe facilitant l'oubli

D'une vie mal aimée, d'un espoir qui faiblit.

 

Ces spectateurs dociles avides de plaisirs

Dressés pour satisfaire leurs envies, leurs désirs

Aiment les mélodies aisément composées

Les paroles déclamées, les auteurs supposés.

 

La réplique assassine, l'humour provocateur,

Constituant les outils du bon présentateur,

Ils sont admirateurs d'une notoriété

Acquise par appétence pour la médiocrité.

 

Adorateurs aveugles de célébrités veules

Ils offrent à tous ceux que l'on nomme people

Le droit d'éradiquer dans ce monde virtuel

La parole des esthètes refusant les rituels.

 

Défenseurs incrédules d'une futilité

A laquelle ils accordent la légitimité

Ils transforment en héros des artistes sans arts

Et deviennent victimes d'un destin trop blafard.

 

 Gérard Derivière

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Commentaires (1)

1. Richard. M 11/12/2010

Bravo!! Excellent

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