Le Temps

 

Il s’égrène, ennemi, pour mieux nous encercler.

Que lui faut-il régner sur les hommes et les femmes?

Il emporte, ternies, les images raclées

Que l’on pleure aussitôt aux genoux de l’infâme.

 

Maître sourd, à jamais, comme en connaît l’histoire,

C’est lui qui fait la pluie, comme on fait son éloge.

Mais supplier un pot? Il rit comme à la foire!

Cet ivrogne inlassable qui boit à chaque horloge.

 

Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien!

Rappelle-nous, toi qui veilles, la ration de demain!

Vingt-quatre heures, ce sera! Ainsi soit-il, Amen…

Un caprice de toi coûte une vie humaine :

 

« Tu te plaignais, ingrat, de ce délai figé?

Aujourd’hui tu supplies qu’il n’en coûtât pas une,

De ces heures, et tu pleures à présent que tu meurs…

D’une journée tu passes à seulement deux heures!

A chaque pain, ses parts, et tu en voulais une,

Tu as eu le croûton, qu’il te reste à manger. »

 

Et souvent on te chante, l’« ennemi », l’« assassin »,

Immortel et meneur, victorieux spadassin,

Tu ignores le doute! Assassin! Ennemi!

Car tu es immortel; le temps est infini…

 

 Elodie Leteissier

 

 

 

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