Le berger
Il était fils d'un monde où les soirs de veillée
Le patriarche austère jamais ensommeillé
Ecoutait les aïeux conter la même histoire
Qu'enfant il écoutait au sein de l'auditoire.
Il était fils d'un monde appauvri, sinistré
Fascinant pour tous ceux qui l'avait pénétré
Et rêvaient d'un ailleurs pour une vie meilleure
Qui les rendrait dociles face à leur employeur.
Pour fuir sa destinée qu'il jugeait trop funeste,
Il refusa la ville pour un lieu plus modeste
Où son âme sereine, éprise de liberté
S'épanouirait sans peine dans des prés désertés.
Le troupeau familial reçut un nouveau maître
Héritier bienheureux devenu contremaître
D'une équipe bêlante soumise par nature
Aux règles imposées par trop de créatures.
Qu'il était doux d'attendre assis contre un vieux chêne
La chute d'une feuille méditerranéenne
Rappelant au veilleur, attentif protecteur
Qu'une fin est promise aux fruits du créateur.
Les bêtes ruminaient et les toisons poussaient,
Le berger que la tâche jamais ne terrassait
Poursuivait sans relâche une mission sacrée
Qui faisait oublier tout le temps consacré.
Sa jeunesse passa comme passe la vie
A attendre un demain que chacun nous envie
En souriant au ciel si bleu les jours d'été
Les yeux mouillés de rêves de la nuit hérités.
Les années l'accablèrent sans qu'il en prit conscience
Et vint le temps maudit des premières défaillances.
Les larmes contenues sans effort consenti
S'écoulèrent un jour lourd d'émotion ressentie.
Qu'avait-il fait des heures qui fuyaient maintenant
Trop vite pour espérer un demain surprenant.
Quelle joie pouvait encore égayer son esprit
En éloignant de lui ce qu'il avait appris.
La charge du bélier fut d'une rare violence
Et surprit les brebis toute à leur indolence.
Le gardien du troupeau noyé dans des pensées
Dont l'issue l'angoissait au point de l'offenser,
Comprit brutalement, chutant sur son séant
Qu'un désespoir précoce est souvent malséant
Et réserve maintes fois aux gens de peu de foi
La surprise impossible que parfois l'on soudoie.
Voyant dans sa culbute un signe du divin,
Il regretta les doutes qu'il exprima en vain
Et regardant le ciel qu'obscurcissait la nuit
Il sombra apaisé dans l'éternel ennui.
Gérard Derivière
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1. Par Annie le 13/01/2012
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