La Chanteuse

La chanteuse

 

Elle chantait par amour d'une gloire usurpée

Des mélodies acides aux aigus escarpés,

Elle vendait du bonheur au prix du dérisoire

Sans trahir un public facile à émouvoir.

 

Sa voix que transformait le technicien, dans l'ombre,

Eveillait l'émotion, effaçait les heures sombres.

Les vivats débordants d'un public fanatique

Masquaient toutes les tares d'une scène drolatique.

 

La transe qui l'emportait diffusait des relents

Qui fondaient dans la foule réceptive et soumise

Prête à tous les écarts quand la conscience fuit,

Les corps engourdis par les accords produits.

 

Seule parmi les autres qu'elle ne distinguait plus

Elle se grisait de sons et de paroles lues,

S'imaginant diva avant d'être une artiste

Comme on est religieux avant d'être déiste.

 

Son corps apprivoisé pour répondre au tempo

Envoutait les esprits comme dans les tripots,

L'élégance n'étant plus en ces années sinistres,

Elle répondait docile aux demandes des cuistres.

 

 

C'était une virtuose, experte ingénue

Qui ignorait le sens de ces vocables connus.

Si l'âme humaine exulte lorsque l'art l'envahit,

Elle souffre et se flétrit lorsqu'elle se sait trahie.

 

 

A trop se satisfaire des chemins sans obstacles,

A trop fermer les yeux quand elle est au pinacle,

La chanteuse parfois se regarde vieillir,

Se demandant inquiète qui viendra l'accueillir,

 

Lorsque de la lumière les feux seront éteints,

Éveillant sa conscience sur un nouveau matin,

Pour l'aider à renaître porteuse d'idéaux

Pour que sa voix enfin ne soit plus un fléau.

 

Gérard Derivière

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