L'enfant Loup

L'enfant loup

 

Ecoutez, braves gens,

La complainte de Jean,

L'enfant au regard fou

Elevé par les loups.

 

Le village dormait

Mais la louve veillait.

La morsure de l'hiver

Faisant pleurer les mères.

 

La bête s'enhardit,

S'approche des logis.

Une ouverture offerte,

Elle se glisse, gueule ouverte.

 

Un sanglot étouffé

Dirige ses pas feutrés...

Dans ses mâchoires fortes

Petit homme elle emporte.

 

Près de ses frères loups,

Il perd l'image floue

Du monde qu'il connut

Au soir de sa venue.

 

Les hurlements des siens,

Défirent les derniers liens,

Et la parole humaine

Rompit sa dernière chaîne.

 

Il apprit à courir,

Usant de quatre pattes,

Il sut bientôt dormir

En se privant de natte.

 

Il était le sauvage,

L'habitant des forêts,

celui qu'on met en cage

Et celui qui effraie.

 

Du village en colère

S'élevèrent les cris

Réclamant la lumière

Sur le malheur décrit.

 

Les loups furent abattus

Puis brûlés sur le champ,

Et les parents émus

retrouvèrent leur enfant.

 

La morale était sauve, et l'homme était vainqueur;

Sa grandeur infinie avait fait fuir la peur.

Et Jean? me direz-vous. Pour que vous le sachiez

Apprenez, braves gens, qu'il se faisait bien...

 

Gérard Derivière

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