Fatale élégance
Son habit de lumière lui collait à la peau,
Il en enviait parfois les porteurs d'oripeaux.
Sa montera, déjà, chauffait son crâne chauve
Qu'il couvrait savamment d'un postiche couleur fauve.
Ultime coquetterie, sa chevelure rousse
Longtemps fut décriée d'une manière douce,
Comme savent le faire les amoureux d'un art
Qui permet que l'on tue comme on joue du Mozart.
Quelques taureaux plus tard, la moumoute devint
Objet de convoitise et source de divin.
Son audace à braver les règles ancestrales
Témoignait au grand jour d'une origine astrale.
Torero de légende, matador émérite,
Son nom en lettres d'or sur toutes les guérites,
Il devint le héros respecté, adoré
Des foules qui venaient d'abord pour l'honorer.
Il savait leur offrir, comme le veut la coutume,
La mort de l'animal sans la moindre amertume.
Sa main ne tremblait pas car il tuait par amour
Un adversaire glorieux, un ami de toujours.
Vint un jour de clameurs hâtivement venues,
Scandées curieusement sans être bienvenues.
Il avait certes offert son taureau au public
En déposant sa toque en un point stratégique.
Mais ce geste élégant avant les premières passes
N'expliquait pas les cris envahissant l'espace.
Etait-ce une illusion? Il se sentit frémir
En croyant percevoir sous les éclats, les rires.
Une étrange intuition lui fit lever un bras
Pour déposer sa main sans rougir d'embarras.
Son crâne dénudé, privé de sa perruque,
Le transforma soudain en un guerrier caduc.
Là bas, près du chapeau, d'un noir caché par l'ambre
Le bovin amusé attendait sur ses membres
Que le combat commence avec la muleta,
Cape que l'on agite, devançant le trépas.
Oubliant qu'il était dans un lieu de combat
Où la mort est le sort de celui que l'on bat,
Ignorant le taureau brave, noble et de caste
L'homme ne s'opposa pas à son destin néfaste.
Sa course vers l'objet de son ressentiment
Fut saluée par de vifs encouragements
Qui surprirent tous ceux qui en étaient auteurs,
Venus en connaisseurs, pas en simples flatteurs.
Comprenaient-ils soudain dans leur égarement
Qu'ils subissaient la transe, source des errements,
Et que la soumission qui les affaiblissait
Les faisait admirer ce qui les abaissait?
L'affrontement eu lieu sans la moindre équité;
L'animal attiré par la toile agitée
Traversa de sa corne un abdomen offert
Comme l'eut fait l'épée de sa pointe de fer.
Les cris devinrent des plaintes devant ce corps meurtri
Venu grossir les rangs de ceux de sa fratrie.
Le taureau quant à lui, de son sabot rageur,
Piétinait un objet noir et roux en vainqueur.
Gérard Derivière
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1. Par Annie le 13/01/2012
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