Elle souriait fièrement...

 

Elle souriait fièrement…

 

 

Elle souriait fièrement à ses nouveaux amis,

Oubliant pour un temps ses peurs, ses ennemis.

Elle parlait de l'espoir qu'ils avaient fait renaitre

En l'accueillant ainsi sans même la connaître.

 

L'Ambassade l'honorait en lui ouvrant ses portes

Elle songeait au bonheur et au fardeau qu'elle porte.

Les ministres, diplomates et autres décideurs

Emus et attentifs défendraient ses valeurs.

 

Elle était écoutée, femme de Soweto

Devenue le garant des âmes du ghetto,

Elle dirigeait sans faille une école à Pimville,

Refusant un destin qui la rendrait servile.

 

Son combat quotidien contre l'inéluctable,

Trop longtemps ignoré par beaucoup de notables

Deviendrait une lutte connue par les nantis

Et le mal prendrait fin, bientôt anéanti.

 

Elle rêvait d'un monde enfin reconstitué

Où les enfants vivraient sans crainte d'être tués.

Elle souriait enfin aux lendemains heureux

Que les amitiés saines feraient si chaleureux.

 

L'appel que soudain elle reçut sans peur

Devait lui confirmer l'approche du bonheur,

La création prochaine du grand édifice

Demeurant la raison de tous ses sacrifices.

 

Ils seraient là tous ses amis d'ailleurs

Pour l'aider à bâtir sans soutien de bailleurs

Une vaste demeure où chacun parlerait

Des souffrances subies qu'un ami comprendrait.

 

La nouvelle lui parvint, vague dévastatrice

Ravageant sans faiblesse une paix salvatrice,

Son visage serein accepta le tourment

Et les larmes coulèrent comme un nouveau serment.

 

Ils avaient encore détruit une jeune vie,

Qui voulait simplement ne pas être asservie.

Oubliant ses amis sur la pelouse grasse,

Elle rejoignit en hâte ses amis de disgrâce.

 

Soweto l’accueillit comme elle le méritait.

Le malheur l'attendait et elle en héritait,

Mais elle trouverait ces mots qui révèlent aux Humains

Cette grandeur enfouie dans les cœurs de demain.

 

Le malheur rapporté par les Hommes meurtris

Écoutés par tous ceux composant la fratrie

La frappa durement et son effarement

L'emplit d'une tristesse qu'elle connut rarement.

 

L'heure était au silence que le malheur impose

Mais la vie appartient à ceux qui en disposent

Et si l'horreur souvent accompagne les hommes

Le cœur la bannit au plus fort qu'il la nomme.

 

Niant son désespoir elle permit à ses yeux

De s'ouvrir à nouveau et, regardant les cieux

Elle traça sans haine une nouvelle voie

Que ses amis suivraient en écoutant sa voix.

 

Gérard Derivière

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