Dans ma grange, il y a... Extrait de nouvelle

 Dans ma grange, il y a...

 

     Il était une fois, dans une grange, quatre petits hommes enfermés. Enfin, petits, non, de taille normale… dans la moyenne, quoi. Quatre hommes, donc, enfermés dans une grange. Enfermés depuis trois jours, ils commençaient à se demander ce qui allait se passer maintenant, puisque, eux, savent déjà ce qui s’est passé avant. Je vous raconte ? Alors voilà : c’était à la base des amis à moi ; on avait chacun fait des études différentes et mené des vies différentes avec des amis différents…on ne se connaissait pas, en fait, quand on s’est rencontrés la première fois. Je m’explique : je les ai rencontrés il y a un mois à la terrasse d’un café ; ils étaient quatre amis, et moi je ne les connaissais pas. Je les espionnais parce que premièrement je n’avais rien d’autre à faire, puis, deuxièmement, ils me fascinaient. C’est vrai ! Ils étaient là, tous les quatre, tranquilles, à ne rien faire, à ne rien dire, contemplant simplement la mer (ah, oui, pardon, c’était la terrasse d’un café au bord de la mer dans le sud de la France mais j’ai jamais su raconter les histoires ; je ne sais pas à quel moment il faut mettre les descriptions, tout ça…) Mais ils n’étaient pas si innocents que ça; ils buvaient tous de la bière, sauf trois d’entre eux qui s’étaient attaqué à une bouteille de vin blanc (paraît-il que ça se marie bien au poisson). Je les espionnais, donc ; j’écoutais leur silence et, tout d’un coup, j’ai ressenti un sentiment qui m’était très désagréable, une sorte de haine, quelque chose comme ça. Je m’énervais de plus en plus -il faut dire qu’attendre vainement que quelque chose se passe devient vite pesant. Alors je me suis levée et j’ai jeté mon verre de rouge à la figure du plus gros (je trouvais que ce serait encore plus provocant) qui est resté bloqué, à me fixer comme si vraiment j’avais commis la pire faute de ma vie, alors je lui ai mis une gifle parce que j’ai trouvé sa réaction exagérée. Puis, j’ai quitté la terrasse et je suis rentrée dans ma voiture. Les trois amis, qui avaient assisté à la scène, n’ont rien fait pour défendre le gros, mais je me disais qu’ils allaient forcément réagir et, pour voir ça, je suis ressortie de la voiture et je les ai espionnés, cette fois de beaucoup plus loin. Et qu’est-ce qu’ils faisaient ? Je vous le donne en mille, Émile ! Ils riaient à pleine gorge, comme on dit. Je ne vous parle pas de l’humiliation que j’ai ressentie ! Alors, je me suis rapprochée, espérant entendre que ce n’était pas de moi qu’ils riaient. Mais si, si, c’était bien de moi ; apparemment ils se sont imaginés que le gros et moi on se connaissait, qu’il avait dû me laisser tomber un jour, qu’il ne se souvenait pas de moi et que c’était pour ça que je m’étais énervée sans que lui n’ait rien compris. Quelle imagination dites-moi… Je ne pouvais pas laisser passer ça, alors je suis retournée les voir, et j’ai remis les pendules à l’heure, je leur ai dit que je ne connaissais aucun d’entre eux et que mon acte n’était dû qu’au fait qu’ils m’avaient saoulée ! Là, ils ne rigolaient plus, ouhloulou, là plus de sourire ni rien. J’ai voulu m’enfuir (ils avaient l’air un peu dangereux à ce moment) mais celui aux yeux les plus clairs m’a rattrapée par le bras et m’a dit que je ne pourrais pas m’en sortir comme ça, que c’était très grave, qu’il me fallait m’excuser, blablabla, et je vous passe les insultes; c’était très vulgaire et sans cohérence ! Vraiment, ça n’avait plus aucun rapport avec la situation. Ça a duré longtemps, mais enfin, ils parlaient. Alors, bon, j’ai essayé et réussi tant bien que mal à m’en sortir, je leur ai fait mes excuses -cruelle soumission que je regrette bien sûr- et je leur ai joué la carte de la fille seule (parce que je suis une fille… Je vous ai dit, les descriptions, moi…) et qui s’ennuie; je leur ai dit que je voulais juste me faire remarquer, blablabla. Ça a marché et ils m’ont même invitée à boire un verre à leur table -c’est gentil, quand même. Après leur avoir demandé qui allait payer pour ce verre –je n'avais plus d’argent ; vaut mieux prévenir que guérir- je me suis assise, tranquille. C’est le gros, grand seigneur, qui paierait. De là a démarré notre amitié : on était complices, on riait, surtout eux (parce que je suis bizarre il paraît, et ça, ça les faire rire), bref on s’est bien entendus. Mais comme il se faisait tard et que gros se levait tôt, ils voulaient tous rentrer. Alors on s’est raccompagnés à nos voitures respectives mais je ne pouvais pas finir la soirée maintenant ! Pour une fois que je rencontre des Américains ! (oups… description!!) Je leur ai demandé s’ils ne voulaient pas juste boire un petit café, dans ma ferme… pas très loin, isolée… je leur ai expliqué que c’était une très belle ferme sans animaux, grande,  avec un grand terrain dans lequel ronronnait ma grange… Et puis j’ai aussi dit qu’y avait un vignoble, et ça, ça les a tout de suite convaincus de venir -à croire qu’ils pensaient que les bouteilles de vin poussaient dans les vignes, bref… Nous avons bu un café sur mon canapé -un déca pour gros. Le grand maigre, qui repensait à la façon dont nous nous étions rencontrés, s’est remis à rire et a conclu que j’étais une femme de caractère, qu’on ne devait pas s’ennuyer avec moi etc, etc. Moi, j’ai ri, politesse oblige. Brutus (je l’ai surnommé comme ça parce qu’il était quand même pal mal mastoc (à ne pas confondre avec gros -ah, non, ils n’ont rien à voir) m’a demandé s’il pouvait visiter la maison parce qu’elle était superbement grande. J’ai répondu « ok » ! Et donc, après la visite de quelques pièces, je l’ai mené dans la salle de bain et lui ai fait sentir un produit qu’il y avait dans un de mes placards. Il a dit que ça puait et est reparti… comme ça d’un coup -drôle de personnage, quand même. Alors j’ai pris la décision de le punir et j’ai sorti un gant de toilette sur lequel j’ai versé la moitié du produit et je suis partie à la recherche de Brutus qui était caché derrière la porte de ma chambre (il est marrant; il avait voulu me faire peur). On a ri, tout ça, tout ça, puis je l’ai bloqué contre le mur en l’intoxiquant avec mon gant -c’était pas un produit mortel, pas de panique, c’était utilisé autre fois par les anciens propriétaires pour endormir les chevaux. Je me demande d’ailleurs pourquoi vouloir endormir des chevaux… oh!? pour pouvoir les tuer et les manger ensuite? Mon dieu ! Si c’est ça, je déménage illico !

     Quand j’ai voulu rejoindre le reste du groupe, laissant le corps étendu dans la chambre (si ! il était vivant), je me suis aperçu que les trois autres étaient en train de fouiller ma cave à vin –ils devaient être déçus ; je n’avais pas grand-chose.

     Je me suis cachée derrière la porte (c’est Brutus qui m’avait appris ça) et quand ils sont ressortis j’ai fait un grand « bouuuu » ; gros et yeux clairs ont sursauté mais grand maigre m’avait vu arriver -ça ne m’étonne pas ; les grands, ils voient tout. Gros m’a demandé où était Brutus et j’ai répondu qu’il était couché par terre dans ma chambre. Il a ri et a conclu qu’il était aux toilettes. Je n’ai pas insisté ; il n’avait qu’à me croire.

     Comme j’avais peur que mes invités s’ennuient, je prétexté aller chercher une des meilleures bouteilles de la région, pour en fait aller leur chercher un jeu. Je l’ai déposé sur la table basse en partant de la pièce - je l’avais pris sur le rebord de la cheminée mais ils n’avaient pas dû le voir avant. (Ohhh… ok, ok, je décris la pièce : c’est un très grand salon, avec une table basse et une cheminée, satisfait ? bon, d’accord, il y a quand même une particularité; il y a 5 portes: la porte d’entrée, la porte de la cave à vin, la porte qui mène aux escaliers et donc aux autres pièces de la maison, et une autre, vitrée, qui donne accès au champ de vignes, et voilà. En fait, il n’y a que 4 portes dans cette pièce et c’est déjà pas mal). Bon, j’en étais où… Ah, oui, le jeu. Je l’avais donc déposé sur la table basse, c’était (vous ne devinerez jamais), un cadre sans photo. Bon ce n’était pas réellement un jeu, mais peut-être allait-il en devenir un… A travers la serrure de la porte de la cave à vin, (je vous rappelle que je devais faire semblant d’aller chercher le meilleur vin au monde, ou de la région, je ne sais plus) j’observais la scène : énergumène 1 regardait le cadre parce qu’énergumène 2 le montrait du doigt alors qu’énergumène 3 regardait derrière lui en direction de la cave, mais il ne pouvait pas me voir, je le savais, ce n’était pas la première fois que je faisais ça). Energumène 3 a pris le cadre dans ses mains et a rit nerveusement ; le jeu commençait à faire effet, peut-être. Energumène 2 s'est levé pour se diriger vers la cheminée et, de là, aregardé autour de lui, puis gros (enfin énergumène 1)  a décidé que Brutus mettait un peu trop de temps pour aller aux toilettes apparemment parce que je l'ai vu partir vers les escaliers. Grand maigre a rejoint yeux clairs et lui a dit quelques mots à l’oreille. Je n’ai rien entendu et de toute façon ils devaient parler anglais et moi l’anglais…

    Il fallait corser un peu l’aventure, alors j'ai brisé une bouteille contre le mur et j'ai feint de m’évanouir : les deux zigotos se sont  précipités à mon secours et ont tenté de me réanimer. Yeux clairs, digne d’un héros « farwestien », m'a portée dans ses bras et tous les trois sont sortis de la cave, mais voilà-t-il pas qu’on s'est fait bloquer le passage pas gros qui épaulait Brutus. Confusion générale, bien sûr, enfin sauf pour moi. On m’a allongée sur le canapé, Brutus sur le fauteuil et là ce fut la panique...

« Call the police » fit grand maigre à gros, mais petit détail que j’omis de leur dire: il n’y avait pas de téléphone et bien sûr pas de réseau non plus… ben, oui dans une ferme, comme ça, isolée, c’était prévisible. Brutus chuchota un mot, « she ». Quel extraterrestre ! Ça veut dire quoi « chi » ? Bref, les trois autres compères tentèrent de décrypter E.T. Puis je compris. Il essayait de dire que c’était moi (je l’ai compris aux regards effrayés qu’ils posaient tous sur moi) alors, tac, tac, j’ai pris les choses en main, disant que j’avais rien fait, que je l’avais accompagné dans ma salle de bain, que je lui avais fait sentir un de mes parfums (oui c’est vrai, j’ai menti, ce n’est pas très grave) et qu’il ne l’avait pas aimé et que j’étais redescendue. Brutus a confirmé ma version -peut-être avait-il été tellement sonné qu’il ne se souvenait de rien. En tout cas, ça m’arrangeait bien pour le moment.

     Alors donc les choses s’arrangèrent pendant les dix minutes qui suivirent : Brutus passa pour celui qui était sonné et moi pour une victime. Ben, oui, puisque que je m’étais évanouie et personne ne savait pourquoi d’ailleurs. Dix minutes après, quand chacun se mit à réfléchir et ils finirent quand même par comprendre qu’il y avait quelques éléments assez louches dans cette histoire : soit la ferme était hantée, soit je manipulais tout le monde. Mais, pas de motif pas de preuve… ils optèrent pour l’explication des fantômes. Alors, tous les quatre, nous décidâmes d’aller au combat, parce qu’on est comme ça, nous, on ne fuit pas !

     Mais pour tout combat il faut des armes, alors gros et moi partîmes dans la cuisine chercher des couteaux. Les trois autres allèrent barricader les quelques portes du salon. Une fois tous réunis dans le salon et assis sur le canapé, et sur le fauteuil, pour Brutus, je sortis de dessous du canapé le fusil que j’y avais caché il y avait de ça deux ans. Et, chose intéressante, chacun réagit à sa manière: yeux clairs et grand maigre avait l’air content, satisfait même, alors que gros et Brutus étaient au bord des larmes –peut-être comprirent-ils qu’il était temps d’avoir peur. Pendant que ces quatre-là se disputaient sur qui avait la bonne réaction, je me levai et pris une position dominante en me mettant debout sur la table basse. Mais comme le silence n’était toujours pas évident, je tirai un coup dans mon plafond (ce qui n’est réellement pas conseillé quand on aime sa maison -j’aurai dû, à ce moment là, tirer sur gros). Et mon silence attendu arriva. Quel spectacle ! Je ne vous raconte pas. Je les observai l’un après l’autre, les yeux dans les yeux, peur de rien. J’étais le maître du jeu. Mais, manquant d’inspiration, je demandai à yeux clairs ce qu’il pensait que j’allais faire et il répondit avec son horrible accent (qu’il exagérait, j’en suis sûre) qu’il ne savait pas mais qu’il savait par contre ce qui serait raisonnable. Et bien sûr, selon lui, c’était de mettre fin à cette mascarade, de parler calmement de tout ça et que les choses s’arrangeraient par je ne sais quel miracle. Alors pour lui faire plaisir, (je dois avouer que c’était mon préféré, enfin des fois c’était gros mais pas tout le temps parce que d’une seconde à l’autre, gros, je pouvais le haïr, je ne sais pas trop pourquoi) je baissai mon fusil, et, grimaçant un sanglot je leur dis que je voulais leur montrer un trésor dans la grange et qu’après ils pourraient tous partir même Brutus qui ne s’était toujours pas remis du « parfum ». L’instant de télépathie qui suivit fut extrêmement intense, je ne sus jamais s’ils avaient pensé réellement la même chose mais dès lors qu’ils arrêtèrent de se regarder, ils se levèrent et me firent comprendre qu’ils me suivraient dans la grange.

   M.L

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Commentaires (0)

Aucun commentaire pour l'instant, soyez le premier à laisser un commentaire.

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

Créer un site gratuit avec e-monsite.com - Signaler un contenu illicite